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Histoire d'en poudre

La photo du jour - 58.

15 Mai 2015 , Rédigé par Merode Vercelli Publié dans #Poésie

La photo du jour - 58.

La photo du soir. 04 02 13.

De temps en temps, je vais respirer l'air
A la fenêtre de l'hiver. Sur le toit de l'immeuble de bureau
D'en face qui barre l'horizon, il y a des lumignons jaunes
Et rouges comme des sources de la vie
Sous le ciel blême. Ce sont des fenêtres allumées,
Des lampes de sécurité pour les avions de passage.
Les voitures aussi passent dans le couloir
De la rue en feulant et collant leur bruit de moteur
Et de pneus sur les murs, comme les arbres
Décharnés dont il est difficile de distinguer
Les branches sombres de leurs ombres
Sur les murs blanchis par les lampadaires.
Il y a des silences chargés de rumeurs.
Un bruit permanent. La poussière du périf au loin.
Le ciel n'est jamais noirs, ni bleu nuit, toujours blanc
Noyé de rose ou de jaune artificiel. Mes poumons
Sont à ce balcon. Intérieurement nus sous le pull
Que je porte, je respire l'air de ma ville, l'air pollué
De ma ville, sa vie sans vie, mais moins polluée
Que mon esprit. Parfois une voix humaine,
Comme un grognement de fauve dans un film
Animalier regardé succinctement à la télé
Par les soirs d'insomnie se manifeste et monte
Jusqu'à la fenêtre de ma tour. Des brrr,
Des Zzooonnn, des sons indéfinissables, le ronronnement
De l'Ordi, la voisine qui pisse dru au dessus, celle
Qui baise à côté, celui qui ronfle, celui qui
Pète, la portière qui claque. La solitude comme
Un œuf dur mayo avec deux feuilles de salade
Et un quart de tomate dans une assiette de brasserie.
Les Grosses têtes de RTL dans les voitures
Pour rire gras dans les bouchons. Le verre de pinard
Le soir, puis la bouteille, pour oublier qu'on boit.
Marcher, marcher, marcher à pied. Paris, de long en large
Et sa banlieue. L'avoir entière à sa fenêtre
Avec les yeux de sa banlieue. Lui, l'oublier, pour la
Dix millionième fois en trois ans, l'oublier,
L'oublier pour toujours comme il m'oublie si gentiment.
Rejoindre mon âge, ma balise, mon refuge, ma case.
J'avais oublié plus sûrement que le temps passe,
Que l'aiguille coupe, que la laideur s'installe, que merde,
On dit toujours les mêmes sottises.

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