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Histoire d'en poudre

Le Roi Virgule.

30 Octobre 2014 , Rédigé par Merode Vercelli Publié dans #Poésie

Le Roi Virgule.

La première version de ce poème date de 1985 ou 86. Je me souviens qu'il m'avait attiré quelques moqueries de la part d'amis auxquels je m'étais aventuré à le lire. Il était encore très imprégné du climat des contes d'Edgar Poe, mais j'avais un projet - minimaliste certes - celui de produire quelque chose qui évoquât le goût d'un bonbon à la violette.

J'ai oublié dans un tiroir ce poème écrit à l'encre rouge sur un tout petit calepin jusqu'à ce que, des années après, de nouveaux morceaux me viennent tandis que je me livrais sur les passages existants à des rejets, des découpes, de nouvelles mises en forme.

Le poème se rendormit pour longtemps puis revint me hanter à l'aube de l'an 2000. Je lui donnais la forme qu'il a gardé jusqu'à ce jour quoique n'étant pas forcément définitive. Au reste, ce texte n'est qu'une trame destinée à accrocher l'imagination du lecteur lequel est appelé à fabriquer lui même son propre conte à partir des éléments, suggestions, images, évocations, clins d’œil, suspendus à des fils invisibles comme un mobile. Le gras étant dans le blanc de la page.

LE ROI VIRGULE

Ou La geste effondrée

(Féerie)


Le palais en hiver
L’aurore rose acide

En neige près des braises
La fourrure d’hermine
Sur les feuilles du canapé

La fenêtre est ouverte

Le Roi,
Tire à la carabine sur les anges


*

Un vent de poils dorés
Brouille l’écran
Du ciel broyé

Un semblant d’ombre ployée
Visite de la poésie gling
Joue cache-crache
Entre les interstices

Les hautes salles du non-lieu
La cheville tendue gling gling
Sont lancées vers un plafond vide


*


Aux murs des toiles d’hystérie


*


Des oiseaux bleus et rouges
Le pelage d’argent des chiens
De gentils ménestrels
Une étoile sur une épaule

La dame à la licorne
Des seigneurs des princesses
Des chevaux nus d’autres en robe
Et les yeux pourris des ancêtres

Les armures des cavaliers
La beauté des cadavres
Le bûcher des Cathares
Des saints qu’on crucifie

Et les chrétiens jetés aux lions


*


Il y a des fleurs charmantes
Dans des vases
Que le cri a brisé

Et des yeux à la broche
De beautés inouïes


* * *

Les branches téléguidées
Défroissent
La forêt humide

L’aube déchirée
Arrache la baie
Au sommeil

Le palais brille
Comme un radiateur
De Rolls

Une plaque de tôle
Miroite
Dans le jardin désespéré


*


Les lèvres noires
Du Roi,
Étreignent une cigarette


*


Faut-il les aligner mes vers en rangs serrés
Pareils à des soldats de plomb ou de plastique
Partant pour la bataille au pays chimérique
Que les petits garçons tendres et to
rturés

Inventent sur un coin de table de cuisine
Ou au fond d’une cour dont le ciment fêlé
Dessine une frontière ou le bord barbelé
Du camp de l’ennemi que leur âme imagine

Quel est le roi fantoche ordonnant ces combats
Qui trouve délicieux le cri de ses victimes
Et veut peindre de sang chacune de ces rimes
Arrachées à l’ennui com
me de rouges bas

Comme l’énigme enfouie en les pages d’un tome
Il commande à ses mots comme aux sombres valets
Chargés de tenir clos les antres du palais
Où dort la majesté de sa geste f
antôme


*


La colère en orage
Roule sous les tapis


Les flammes des bougies
Vacillent puis s’éteignent


Dans l’ombre un guéridon plie
Sous l’éclat des bagues et des médaillons


Au ciel
S’écroulent les nuages


*


Consigne où déposer les malles de mon sang
Trop beau trop mal enfant penché jusqu’au vertige
Sur la flaque où s’abîme en soi le ciel prodige
Du matin bleu et froid qui me fait fini
ssant


*


Chevaux de soufre jaune
Tirant des continents
Furies effilochées
Fées languides aux bras d’u
n ours

Valsant Sorcières de vapeurs
Visions rimes correspondances
Improbables châteaux Choux-fleurs
Chiffons pour habiller mes s
tances

Rideau flou sur les planches
Théâtre de fumée Corps fous
Guerres dévastations conquêtes
Mondes et crânes Chér
ubins

Au mufle de taureau rosi
Par le soleil rouge et les hanches
Adorables du Dieu saisi
Aux fenêtres des aval
anches

Longtemps lentement s’étirant
Ces neiges devenues fontaine
Où Narcisse irait se mirant
Sont un loup que le vent p
romène

Et puis roulant l’oubli au fur
Et à mesure des orgies
D’images sur le pré azur
Le fleuve des mytho
logies

Intarissable va jetant
Ses éternités sur le sable
Où se satisfait mécontent
Notre appétit de pauvre
diable


*


Ailes gris-anthracite
Des pensées muettes


Le sifflement des sources
Hermétique et sucré



Le froissement des soies
Le soir sur les pénis



Démons à se baigner
Au bénitier du sang


*

Chacun des yeux du Roi,
Voit des poissons passer
Dans son verre à lunette

L’écaille en est tombée

Le verbe est un poison


*


Cancer
Couronné par ma bouche

Troupeau
De petits singes nus

Mots déserts
Prononcés par le cul


*


Le violet de la glace
Des phares et des flashes
Des rumeurs de campagne
Le brouillard et les flammes
Les éclairs blancs du lac
L’ambulance en vitesse

Le Roi,
En maladresse


*

Les cloches sonneront


***

ÉPILOGUE


Pas noirs sur le crissement des graviers
Demain est l’agonie du ciel
Le regret de la pluie orange
Des poivres de la sodomie

Demain sera
Le matin pâle


*


La perspective de l’allée
Des bordures de cendre
Des hauts reliefs en stuc
La copie de ses doigts

C’est bien
Le minimum,


M.V. 2001.

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