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Histoire d'en poudre

L'oeuvre méconnue de Paolo Pizzaiolo.

31 Octobre 2014 , Rédigé par Merode Vercelli Publié dans #Peinture

Quattro Stagioni
Quattro Stagioni

Peintre italien de la fin du XIX°/début XX° siècle, Paolo Pizzaiolo est (avec Claude Monet, le Monet des jardins de Giverny à la vision brouillée par une cataracte, dit-on), considéré, sinon comme un des pères, du moins, un des précurseurs de l'art abstrait.

Toutefois, ne nous y trompons pas, l’œuvre que nous présentons aujourd'hui, sobrement intitulée Quattro Stagioni en hommage au génial compositeur Antonio Vivaldi, internationalement connu désormais grâce à l'usage, des décennies durant, du répondeur téléphonique, est bien figurative, contrairement à ce que perçoit l’œil au premier abord. Elle fait le pendant à trois autres toiles non moins singulières : Regina De La Notte, Quattro Formaggi et Margherita E Pericoloso Sporgersi.

Toutefois, à l'opposé du musicien qui prend soin de séparer son œuvre en quatre parts égales, évoquant l'une après l'autre chacune des saisons ce qui permet, selon la volonté, d'énerver plus ou moins le client qui attend au bout du fil, le peintre brouille les pistes et mélange, comme qui dirait, les ingrédients saisonniers en une seule composition magmatique d'où émerge, noire et brillante au milieu de lambeaux avachis d'artichauts, de champignons, d'oignons, de tomates, de poivrons de couleurs diverses et plus ou moins noyés dans le fromage fondu, une olive, qui en dépit d'une position décalée, nord/nord-ouest, affirme son obsédante présence.

Le noir est une couleur, lisait-on naguère sur les affiches publicitaires de la marque Porto-Cruz. Pierre Soulages en a fait son fond de commerce. Paolo Pizzaiolo l'avait démontré bien avant les mercantiles communicants ! Non seulement le noir est couleur, mais il est forme aussi. Surnageant à la surface de ce qui apparaît comme une sorte de désastre, un champ de bataille, un brouilli de chairs déchiquetées, allusion claire à la grande boucherie de 14/18 qui marquera le siècle encore naissant, l'olive, pareille à un obus tout près d'éclater, révèle sa rotondité sur laquelle vient jouer la lumière bleue du gaz. Elle semble une petite souris cherchant un morceau de fromage au milieu d'une flaque de vomi, ou un rat quelque morceau tripier de choix dans le ventre ouvert d'un fantassin.

Cette œuvre forte, bouleversante, lisible à des degrés divers, demeure malheureusement peu connue du grand public qui préfère s'empiffrer de galettes spongieuses, épaisses et grasses chez Pizza-Hut.

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